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La TRANSQUADRA 2014/ 2015 ou L’Odyssée COCODY par Richard Fromentin

« Ça y est enfin arrivés au Marin en Martinique, île magnifique de l’arc antillais. Après une traversée éprouvante et physique nous voilà enfin à destination.

L’idée d’une traversée de l’Atlantique germait déjà depuis 4 ans et l’occasion de participer à cette aventure s’est présentée après avoir reçu COCODY, mon bateau , un rapide coursier des mers, un JPK 10,10 flambant neuf.

I La préparation
Donc revenons à notre affaire, le départ c’est le 24 janvier. Déjà 6 mois que nous attendons ce jour et pouvoir en découdre enfin avec nos adversaires et néanmoins amis .
Au terme de la première étape, nous sommes 6 ème au général et les premiers se méfient de nous évoquant que 1h sur une traversée ce n’était pas grand chose , il n’empêche que je les aurais bien pris dans ma besace ces 60 minutes. La première étape a rapproché bon nombre d’équipages et de forts liens d’amitiés se sont créés. La semaine qui précède est ponctuée de petites excursions nautiques pour valider, essayer et s’assurer que tout fonctionne correctement. Je pense en plus avoir prévu toutes les situations de pannes possibles . Réparation voiles, moteur , Époxy avec durcisseur et fibre, pilote de secours……..

Ensuite et le plus important était de définir la stratégie de course, une semaine à bosser tous les jours les schémas météo.
Bertrand Castelnérac mon beau frère sera d’une aide précieuse durant cette semaine de préparation météo, clef de la réussite de notre traversée.
Après avoir lu et relu toutes les revues possibles sur la météo la formation des nuages et même le vol à voile qui fonctionne à l’envers de nous, eux cherchent les ascendants, nous on les évite justement pour ne pas rester dans une molle.
L’aide d’un fin régatier comme « Tranbert »(Bertrand Castelnérac) et un regard extérieur nous est fort utile.

Voilà brièvement à quoi ressemble une stratégie de course :
Réalisation Bertrand Castelnérac – reaching@48nord.com

Stratégie étape 2
Système anticyclonique plutôt classique au début, incertitudes sur la seconde moitié.

MADERE – LE MARIN : route directe CAP AU 254° A 160° TWA :
Butée en tribord 274°
Butée en bâbord 234°
Vent neutre au 74°
Si + que 74° bâbord rapprochant
Si – que 74° Tribord rapprochant
Butées à recalculer ensuite selon le cap du waypoint.

Quitter Madère : jouer sur le côté droit du dévent sur zone tracée sur la carte, probablement dans une canalisation, faire du bâbord quitte à ce qu’il soit loffé dès que le vent baisse en tribord.

STRATEGIE N°1
1 – Les routes vont chercher la courbure de l’anticyclone au nord : début en tribord tant que le vent est NE. Tribord rapprochant dans l’adonnante, compromis vmg portant.
2 – Le vent passe progressivement à l’E, tribord moins rapprochant. Toujours chercher le gain sous le vent et dans l’ouest, mais rajouter des empannages dans ados/refus (court/moyen terme) pour gérer la courbure.
3 – A un moment ça devient certainement rapprochant en bâbord, choisir le point d’empannage pour placer ce long bâbord. Penser à l’éventail pour décider s’il est « définitif ».
4 – Ce bâbord peut être sport, au largue serré penser : code 5 – 2 ris GV.
OU dans du vent mollissant, si vous êtes trop près de l’axe de la dorsale.
5 – Faire évoluer le point d’atterrissage par anticipation des zones de basses pressions entraînant des perturbations dans l’Alysée à la fin de semaine, décalage Nord ou Sud à trancher.
6 – Atterrissage : soit HP est stable on arrive par le Nord, soit HP affaiblit par phénomène au N : Front froid etc… on arrive vers le Sud.

STRATEGIE N°2
1 – Le tribord n’est pas si rapprochant que ça, on cherche tout de suite le gain sous le vent avec des empannages dans ados/refus (court/moyen terme) pour gérer la courbure te le gain sur la route selon état de la mer et nuages.
2 – Le vent reste entre le 70° et le 100°, anticiper des zones de basses pressions entraînant des perturbations dans l’Alisé à la fin de semaine, décalage Nord ou Sud à trancher.
3 – Atterrissage : soit HP est stable on arrive par le Nord, soit HP affaiblit par phénomène au N : Front froid etc… on arrive vers le Sud.

CONCLUSION / PROBLEME : vu d’ici on part plus sur une route « Nord » ce qui vu d’ici à l’hôtel devant l’ordinateur, n’est pas définitif.

 Situation en fin de semaine, prévision 1 semaine avant :

Vu d’ici on est clairement dans une situation d’arrivée par le Sud HP affaiblit.

Faire la descente à l’est de l’axe de la dorsale, pas couper l’axe, type vent au 100°.

A surveiller précisément :
l’AXE DE LA DORSALE
SON DEPACEMENT EVENTUEL VERS L’EST (pour ne pas se faire rattraper

Jeudi 29 à 0h prévi du 23 à 12h
Samedi 31 à 0h prévi du 23 à 12h

Exemple de cas extrême qui peut arriver :
Attention à l’orientation de la houle, la mer va être de travers tout pourri au nord :
Vous voyez ce n’est vraiment pas simple !!!!!!
Un vrai travail de professionnel .
Ensuite après le départ et durant toutes la traversée nous sommes restés en autarcie météo validant ajustant corrigeant tous les phénomènes qui se présentaient à nous et ils furent nombreux.
Les routages extérieurs étant interdits nous souhaitions être irréprochables. Faire une performance en ayant triché me paraissait insupportable.

II Le Départ
Ça y est enfin parti.
Nos familles nos amis nos proches sont présents pour nous encourager Jean et moi ferons le maximum pour qu’ils soient fiers de nous, le résultat étant secondaire l’important est d’arriver de l’autre côté

Dès le départ nous sommes dans le groupe de tête derrière Laminak un autre JPK 10,10 , nous contournons en deuxième position la bouée de dégagement et comme d’habitude les meilleurs sont déjà aux avant postes.
Rapidement nous dépassons le premier bateau. Quel plaisir que de voir toute la flotte derrière nous surtout Raging bee et Jean Pierre Kelbert que nous connaissons bien et dont le palmarès laisse rêveur ……. respectivement 2ème et premier de la première étape Saint Saint-Nazaire Madère.

Tout commençait pour le mieux . En tête de la flotte nos prenons l’option Nord, l’orthodromie, en traversant le dévent de l’île même s’il est pénalisant nous nous obstinons car l’objectif est d’aller chercher du vent frais et une rotation favorable . Je pensais que ce serait moins long mais je garde la tête froide et continue dans le schéma prévu en allant renifler le bon moment pour tourner définitivement à gauche. La position des autres concurrents n’a pas d’importance pour le moment c’est encore beaucoup trop tôt il faut avancer vite et toujours vite, notre obstination 100% c ‘est le chiffre reporté sur nos instruments de navigation annonçant la performance du bateau .
Nous étions rivés, focalisés dessus.
Le premier passage à niveau va arriver avec vent fort on s’y prépare en ayant à l’esprit de ne jamais lâcher, erreur que nous avions commise à la première étape après épuisement.

Des vagues de dingue à surfer avec un vent oscillant poussant parfois à 35 nœuds, le pilote ne peut pas tenir Jean et moi alternons des quarts d’une heure, le sommeil nous manque déjà. la peur de casser du matériel s’installe également mais il faut tenir .
Le lever du jour arrive bientôt et les positions de 6h00 avec . On va voir ce qu’on va voir.
Peine perdue ils ont tenu aussi, ça commence bien, il faudra oublier l’image des alizés tranquilles à siroter un petit verre de rhum, les meilleurs sont là, présents, accrocheurs et la traversée s’annonce tendue.
On a passé 3 jours difficiles à la limite du sommeil et des hallucinations
Nous dormions à même le cockpit pour être prêt à réagir au plus vite.

Extraits de journal de bord
JOURNAL DU 29 janvier 2015
La nuit a été particulièrement éprouvante car toujours autant de vent et de vagues qui nous obligent à barrer le bateau tout le temps.
Le départ à l’abattée de la veille nous a bigrement calmé je devrais dire les départs car à chaque fois nous avons relancé le bateau sachant les concurrents proches et prêts à en découdre.
Sur le pointage de ce matin nous avons pris de l’avance sur Xanlite sûrement un meilleur suivi des oscillations de vent et surtout des gros grains
Les grains, c’est nouveau pour nous et pas vraiment agréable à traverser vu les variations forte du vents en force et en direction, nous avons constaté 100 degrés d’écarts de route à tel point qu’il a fallu affaler le spi et passer sous génois au bon plein travers, impressionnant ces variations.
Tout ceci nous oblige à dormir sur le pont ou dans la descente, s’assoupir conviendrait le mieux quand les hallucinations commençaient à venir, vision triple ….. etc , il était temps de demander de l’aide.
Donc au pointage 7 miles d’avance sur Xanlite mais pas vraiment d’avance sur
Merlin et vu les efforts que nous avons déployés on s’attend à ce qu’ils ne lâchent rien .
Sur le schéma météo je pense que nous sommes sur la bonne position et ne voit pas comment vont s’en sortir Raging bee et JPK . Face à eux les vents vont tourner à droite avec en plus une grosse zone de molle bref ça ne sent pas bon du tout ils jouent avec le feu .
S’ils passent ce sera certainement un magnifique coup météo.
Pour le moment nous sommes sous génois et GV à 125 degré du vent 25 nœuds et prenons pour cible l’endroit ou nous devrions mettre les clignotants à droite.

JOURNAL DU 30 janvier 2015
La nuit a été plutôt ventée  mais cette fois-ci vent de travers bon plein
Le pilote en marche, l’homme de quart, dans le cockpit ou au rappel, surveille  dans le cockpit d’éventuels dangers mais surtout reste attentif aux oscillations de vent
Il a fait relativement froid et le temps était maussade. Dans la matinée, le ciel s’est dégagé apportant du soleil bien agréable mais aussi un vent irrégulier et faible c’est mon avis un nouveau passage à niveau à ne pas rater.
Toutes la journée nous avons alterné les voiles au gré des oscillations et du coup par mégarde avons déchiré le spi asymétrique .
Le mousqueton d’écoutes légères était saillant et lors de l’envoi a déchiré le spi, quelle poisse !
2/3 bonnes heures à le réparer du temps perdu et de l’énergie pour rien
Aujourd’hui douche quel délice
Premier envoi du spi léger je pense être le seul à avoir pris cette option .
Ce soir il faudra barrer sans arrêt, quarts d’1 heure pour ne rien rater
Rien à l’horizon ni bateaux ni dauphins qui pourraient nous distraire un peu. La vie à bord s’installe sans grosses surprises.
Si des poissons volants viennent s’échouer voire percuter nos visages et de l’avis de Jean cela restera une expérience très douloureuse .
Nettoyage du bateau, vérifications du matériel, pansement des plaies …..

Le journal de bord est ponctué de ces petites anecdotes .
Instant magique l’ouverture de nos cadeaux après une semaine de MER.
Les messages sont émouvants

Le rôle du navigateur est terriblement stressant aller vite Jean et Moi savons le faire et nos concurrents le savent aussi mais aller au bon endroit sur une transat c’est nouveau pour nous .
La tache étant complexe et pour simplifier et caricaturer la chose en l’exorcisant nous décidons de la comparer à un grand triangle olympique voilà tout avec toutes les bonnes vieilles recettes d’ado refus positions décalages sous le vent au vent en introduisant des butées barométriques en contrôlant nos adversaires la difficulté était que pendant 12 heures nous n’avions pas leurs positions
C’est un sport vraiment complet et exigeant qui nous oblige en permanence à réfléchir.
Pensez qu’un écart de 7 jours se creusera entre nous et la queue de la flotte .
Il fallait aller vite au bon endroit et être extrêmement vigilant pour ne pas rater les subtilités météo au risque de voir un nouveau schéma se présenter souvent défavorable .
Pour aller vite il fallait à tout prix se débarrasser de ces satanés algues, les fameuses sargasses s’incrustant sous nos safrans sail drive quille , Au moins 20 % de vitesse perdue sans parler des départs au lof provoqué par des safrans saturés d’algues .
Une vraie plaie que nous avons combattu sans relâche en plongeant, en reculant sous voile ,en utilisant cordes à nœuds, gaffes. Un vrai cauchemar

III L’arrivée
Nous arrivons premier au marin épuisés mais tellement heureux
Merlin qui a été notre adversaire régulier passe devant nous en temps compensé . C’est quand même rageant
Je ne sais pas si nous aurions pu éviter le grain qui nous a cloué 1 heure à l’arrivée, ce qui est certain c’est que la victoire au général s’envole à ce moment hélas .
Nous restons humble face à ce coup du sort
Ceci dit deuxième après 2 étapes reste une performance très honorable et nous aurions signé tout de suite si nous l’avions su au départ,

Transquadra 2014-2015 / Arrivée Marin

Conclusion
Nous avons porté fièrement les couleurs de Leclerc Hennebont qui m’a apporté une aide logistique sur la partie avitaillement et aussi porté un message d’espoir pour l’association Loisirs Pluriels qui développe des centres de Loisirs en France pour les enfants en situation de handicap .
Nous espérons que cette traversée leur a apporté un éclairage médiatique supplémentaire car les efforts qui »ils déploient à l’attention des enfants ne nous semble pas assez connus les fonds manquent également et RDV fin Septembre pour une grande randonnée à Hennebont qui je l’espère réunira 2000 à 3000 personnes.
Les fonds colletés leur seront reversés intégralement pour apporté modestement notre contribution.
Une pensée à Frère Ernest qui, par ses prières bienveillantes, nous a porté jusqu ‘à la victoire.

Bref ce fut une véritable aventure humaine une véritable entreprise ponctuée de joies et de quelques embûches mais c’est bien entendu le lot de tout projet à mener.
Je remercie nos familles, Anne-Gaëlle, mon épouse et mes 3 enfants pour m’avoir soutenu encouragé et porté .
Un grand merci aussi à Jean Frétigny qui a été un Co skippeur et régleur formidable. Un ami sur qui compter et un excellent Marin aussi teigneux que moi.
Merci à tous nos amis qui nous ont envoyé tant de messages et qui suivaient plusieurs fois par jour.
L’aventure Transquadra se termine mais pas celle de COCODY qui aura d’autres challenges à relever.

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