Mercredi 6 mai à 17h44 (J15)
Mais qu’est-ce que je fous là !
2 h du mat’, le vent est encore tombé d’un cran et, avec 8 nds et un peu de mer, je tiens à peine le spi gonflé et je dois lofer en grand, loin de la route. Le pilote ne gère pas, il guidonne trop et, pour couronner le tout, je suis dans une zone concentrée de sargasses. J’ai à peine terminé de passer ma corde que je repasse dans une nappe, c’est un truc à devenir dingue !
Vite, sortir la caisse à outils des bons sentiments pour faire redescendre l’espèce d’angoisse qui me prend la poitrine. Depuis 48 heures, je suis lent et je vois mes copains partir par devant inexorablement, c’est un peu le supplice du régatier ! Je pense toujours avoir un peu moins de vent que les autres, mais peut-être que je suis à l’envers dans mes choix de bord ! Pause, une boisson chaude, on reprend la barre, on oublie un peu les sargasses et on se recentre…
12 h plus tard, le ciel gris du matin s’est dégagé au profit d’une lumière étincelante, les 8 nds sont devenus 16, les sargasses sont moins compactes et le pilote gère très bien. Je respire, je profite en regardant le bateau s’amuser tout seul : un coup de lof, un surf, un coup de lof, un surf.
La vie rêvée du large…
— JP
Vendredi 8 mai à 12h23 (J17)
Depuis 3 jours, le décor a changé et le vent soutenu ainsi que la mer propre ont laissé place à un vent souffreteux et une mer chargée de sargasses. Dire « c’était mieux avant » : bien sûr, mais ces conditions offrent des opportunités, comme cette figure jamais tentée jusqu’à présent : le 360° sous spi !
La nuit passée, et au rythme de toutes les 30 mn environ, je pousse la barre en grand et amène le bateau au lof pour finir proche du plein bout. Dans le coup de gîte, les sargasses se décrochent et je remets vite le bateau sur son cap. La perte est faible, l’effort zéro, donc on prend !
Cette nuit, un peu plus gourmand qu’à l’ordinaire, je pousse un peu plus longtemps la barre, mais le spi prend à contre et le bateau part en marche arrière, spi appuyé dans le gréement. Il y a 10 nds de vent, donc le seul risque est d’abîmer le spi. Barre à contre, je choque la contre-écoute, le bateau abat en grand de l’autre côté, je lâche une écoute, en reprends une autre et hop, 10 secondes plus tard le bateau a fait son tour complet et nous sommes repartis !
Sinon, le rythme un peu mou de milieu de traversée va bientôt laisser place à un flux plus soutenu pour les deux derniers jours avant l’arrivée, prévue lundi. Les dés semblent bien jetés du côté d’Alex, mais sur PersaiVert on garde le moral à bloc, prêts à saisir toutes les opportunités !
— JP
Samedi 9 mai à 14h55 (J18)
Hello la terre,
Il nous reste trois jours de mer pour atteindre la Martinique et, à ce stade, dans le groupe des six bateaux de tête, les dés sont jetés car pas d’options météo possibles. Le seul vent un peu soutenu se trouvant très au sud de la route directe, tous les bateaux ont suivi grosso modo les mêmes routages.
Donc, depuis une semaine, le jeu était de descendre au gré des bascules et des couloirs de vent pour désormais, après l’empannage de ce matin, faire route directe sur l’île Cabrit. Les vitesses sont ultra proches et personne ne lâche rien !
Le point délicat reste la gestion des sargasses, surtout en solo, car on ne barre pas en permanence ; il est donc difficile pour le pilote de slalomer entre les bancs d’algues. Ça, il ne le fait pas encore ! La quille en ramasse beaucoup, mais le safran également, et c’est ce dernier qui tient le bateau. Donc, de temps à autre, quand la pelle est trop saturée, elle décroche et le bateau part au lof…
Mais comment qu’on fait pour dormir, bouquiner, prendre un petit thé ?! Ambiance gestion de crise, car là, en quinze minutes pour écrire ces news, le bateau est parti trois fois au lof : je pose la tablette en sécurité, sors dehors comme un diable, stop le pilote, choque l’écoute de spi, remets le bateau sur ses rails, je passe un coup de canne sur la pelle, et ça repart…
Sur la course, j’ai beau charbonner nuit et jour pour essayer de recoller, rien n’y fait. Devant, ça navigue sans erreur et vite. Je me console : beaucoup de JPK 1050 sont aux avant-postes, même si le Pogo RC est vraiment impressionnant dans sa configuration de voilure survitaminée.
Là, je vais essayer de retrouver mon héros finlandais et son armée au cœur de la terrible froidure de l’hiver 1939 et ses -50 °, en total contraste avec mes 32 ° à bord de PersaiVert !
The adventure goes on…
— JP
