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La Middle Sea Race 2026 comme si vous y étiez à bord du JPK 1180 Libertine

© Marco Paolucci

Marco Paolucci, propriétaire du JPK 1180 Libertine, nous fait cette année encore le plaisir de partager son récit de course, avec en bonus un film réalisé par Deea Buzdugan. Récit passionnant que nous vous invitons à lire ci-dessous ! La vidéo est en bas de page.

Bravo à Marco pour sa superbe 3e place en IRC double et en IRC 5, ainsi que pour tous ses résultats de la saison 2026 !

Le parcours de la Rolex Middle Sea Race 2026.

Me voilà de nouveau, pendant le convoyage du bateau vers Fiumicino, à raconter comment s’est passée la course. C’est devenu un rendez-vous pour passionnés, puisque beaucoup me le demandent et que cela me fait plaisir : écrire, c’est un peu revivre.

Prélude

Mon ami Franco et moi avions amené le bateau à Malte depuis Athènes après l’Aegean 600 en juillet. Nous l’avions mis au sec au chantier MMH à Marsa, tout au fond de la crique de Grand Harbour, un endroit immense où l’on fait l’entretien des navires. Il est peu pratique pour nous, avec un terrible problème d’odeurs : tout près se trouve un incinérateur de carcasses d’animaux, et l’odeur de la mort vous enveloppe. C’est dans cette ambiance que j’ai désarmé le bateau en juillet sous un soleil de plomb, et que je l’ai réarmé début octobre, avec des températures plus humaines mais toujours estivales. J’ai poncé toute la carène à la main, seul, le 6 octobre. Mon fils Daniele est ensuite venu me donner un coup de main pour le reste, et sans lui cela aurait été impossible. Le jour de la mise à l’eau, j’ai loué une nacelle élévatrice et je suis monté en tête de mât installer les capteurs de vent, le windex et les Locks. Bref, avant même de commencer la course, j’étais déjà fatigué.

Comme d’habitude, j’arrive à la Marina de La Valette très en avance. Le 9 octobre, après la séance en tête de mât, nous arrivons au ponton dans l’après-midi. On nous place sur une très grande place en bout de ponton Charlie, et nous ne sommes que nous et le Neo 350 Ava, les autres devant encore arriver.

Le programme était de préparer le bateau pour participer à la Coastal Race, que je n’ai jamais courue en 15 ans. Avec Daniele, nous mettons tout en ordre d’ici lundi 12 et le bateau est prêt. Paolo de One Sails nous apporte les voiles le lundi également, et Niccolò arrive le soir. Nous sommes enfin prêts pour le premier entraînement, mardi 13. Nous sortons avec Paolo pour contrôler le nouveau foc et le nouveau Code. Deea Buzdugan monte aussi à bord : c’est une photographe remarquable, que j’ai sollicitée cette année pour un reportage photo et vidéo dédié.

Nous décidons de ne pas participer à la Coastal Race : trop de vent prévu, et casser quelque chose reviendrait à compromettre la Middle. Jeudi et vendredi, derniers tests, et nous sommes prêts.

Top départ

Le départ, comme d’habitude séparé par classes, nous place en deuxième position sur la liste, avec le pavillon orange du groupe IRC 5, à 11h10 le samedi 17 octobre. Nous partons bien, à droite de la ligne, et après un près dans du vent léger nous sortons de Grand Harbour dans le petit groupe de tête. Il faut aussitôt établir le nouveau Code : cap sur la marque 2, avec 100° de TWA et 12 nœuds de TWS.

Nous arrondissons la marque 2 au milieu d’un beau trafic de bateaux. Il faut changer de voile pour le bon plein vers la Sicile. Le Code se roule mal et nous oblige à abattre pour l’affaler à moitié ouvert. Nous perdons quelques places, mais c’est mieux que Colombre, qui lui l’a cassé. Première leçon de la Middle : ne jamais embarquer de voiles neuves qu’on n’a pas testées lors d’au moins deux ou trois entraînements…

Sacrés frenchies

Quelques milles plus loin, le vent adonne et le Code revient en jeu. Nous le hissons après l’avoir déroulé et stoppé avec la miraculeuse laine (que j’ai toujours à bord). Nous le gardons jusqu’au cap Passero, où nous le remplaçons par l’A2, que nous garderons jusqu’à Ustica. Solenn*, avec un Flying Jib établi, nous dépasse. Nous pensons que ce n’est pas réglementaire, et je finirai par déposer une réclamation que je retirerai ensuite. Avec les Français, il y a toujours à apprendre : en IRC, les focs peuvent être amurés en avant de l’étai, une chose intéressante qui ouvre des horizons inexplorés. Quoi qu’il en soit, le JPK 10.50 avance davantage à ces allures avec cette voile.

Pétole au nord de la Sicile

Au large de Catane, les cartes sont rebattues : la perturbation annoncée arrive et nous sommes bien arrosés. Ce sont des nuages sans vent, et à un moment tout le monde fait cap dans des directions différentes, les traces sur le tracker dessinent des cercles. Nous en sortons en tête du groupe DH. Les Français ont perdu du terrain dans les petites pétoles, mais pas Colombre : dans l’Adriatique, ils sont bons dans le petit temps. Ils sont derrière, mais pas très loin. L’approche du détroit se fait cette fois avec le courant favorable. Nous en sortons du côté sicilien, près du Pilone, dans un bouillonnement qui trompe toujours, et cap sur Stromboli, toujours sous l’A2. Le vent, on le sait, fait ce qu’il veut : nous devons monter vers le nord et empanner 4 fois pour arriver à Vulcano, tandis que ceux qui sont derrière iront droit avec plus de vent et regagneront des milles sur nous.

Nous passons Strombolicchio dans l’après-midi. La route que préconise la météo vers Ustica passe encore plus au nord, presque toute la flotte s’employant à éviter le redouté trou de vent des Éoliennes et de la côte. Certains, derrière, tentent l’empannage du fou et restent bloqués des heures. Nous naviguons au nord d’Ustica, et trois empannages dans la nuit nous mettent en route sur l’île, que nous passons vers midi. Le vent s’est resserré et a forci, autour de 10 nœuds. Nous changeons de voile : d’abord le Code, puis l’A1. Cap sur San Vito, où nous arrivons au coucher du soleil, et comme toujours dans les transitions de lumière, le vent mollit. Colombre est proche, trop proche, nous n’avons pas réussi à les décrocher. Dans un moment de calme plat, nous parvenons même à établir le windseeker, qui sur ces bateaux n’est pas aussi efficace que je le pensais : mieux vaut se battre avec l’A1 tant qu’il tient.

Le sirocco balaye la flotte

Nous faisons attention à ne pas finir dans le cône d’ombre d’Erice en empannant 3 fois. À peine Erice passé, arrive le sirocco, qui souffle depuis des jours dans le canal de Sicile en levant sa fameuse mer.

Nous filons au bon plein, à 55/60° de TWA, vers les Égades. Nous passons Favignana vers minuit, son phare de nuit est toujours aussi saisissant. Le vent monte jusqu’à 27 nœuds, la mer est agitée. La nuit vers Pantelleria est de celles qu’on n’oublie pas facilement, surtout à cause de la mer désordonnée et des vagues croisées qui se forment dans le canal de Sicile. Nous avançons avec un ris dans la grand-voile et le J3. Le foc vibre beaucoup, et à chaque vague on a l’impression que le bateau va se désintégrer. J’essaie de dormir dehors, comme je l’ai fait tant de fois avec le Comet dans ces situations, mais le JPK est inconfortable : il n’est pas fait pour dormir, il est fait pour pousser. Le bateau demande à être gîté pour courir, il attaque les vagues avec fougue, et il faut le mettre en condition de le faire. Le pilote barre bien, même dans ces conditions, signe que le travail accompli porte ses fruits. Tout le monde pousse, qui plus qui moins. Nous marchons mieux que Colombre et nous les décrochons un peu, mais au final cela ne suffira pas.

Après Pantelleria, la mer se calme un peu et le vent faiblit, toujours autour de 20 nœuds, avec un angle plus serré, autour de 36° de TWA. Nous tirons parti des rotations prévues en virant sur les refus et en gagnant encore un peu.

Jusqu’au bout

Nous arrivons à Lampedusa vers 21h le 20 octobre, le vent est toujours autour de 20 nœuds. Une fois l’île passée, l’angle s’ouvre progressivement. Je commence par larguer le ris, en me trompant de drisse dans la nuit : elle ressemble trop à l’amure du J3, bleu/noir. Il faut changer la couleur de l’amure et la prendre claire. Puis nous changeons le J3 pour le J2. L’angle conviendrait peut-être à un A0, mais nous n’avons pas assez confiance pour prendre le risque à la quatrième nuit, après avoir passé la précédente blanche, ou presque. D’autant que le bateau avance bien, toujours au-dessus de 9 nœuds. Solenn*, en revanche, revient fort : ils tiennent stablement au-dessus de 10 nœuds, et ils nous diront ensuite avoir utilisé le Flying Jib toute la nuit.

Nous arrivons à Comino le matin vers 8h00. Le passage du canal se fait avec un vent de 9/10 nœuds en route directe, puis sur le versant est de Malte il monte progressivement jusqu’à 18 nœuds, avec un angle d’environ 50° de TWA. Très rafaleux, on barre à la main. Un seul bord et nous arrivons à la Fairway Buoy, à laisser à tribord, puis un autre bord de près vers l’arrivée, que nous franchissons à 10h11’43” UTC le 21 octobre 2026, en frôlant les rochers sous Tignè Point, tandis que Deea nous photographie à notre insu.

Arrivée

Le classement est un succès pour le chantier : 3 JPK sur le podium DH IRC, 2 sur le podium IRC 5, victoire en IRC 6 ainsi qu’en ORC 5 et ORC 6. Ce sont des bateaux rapides qui ont tout pour pouvoir gagner, et Jean-Pierre peut être content.

Libertine a démontré une fois de plus qu’elle est un bateau compétitif. Elle peut encore progresser, mais il faut la mener à fond à chaque instant, en poussant les performances sans temps morts dus à la fatigue ou au manque de confiance, sinon celui qui le fait vous dépasse. À ce niveau, tout le monde est fort : si tu pousses, tu gagnes. L’entente avec Niccolò s’est encore renforcée, et j’en suis très heureux, c’est une base solide pour l’avenir.

Conclusion

Mon bilan de la saison 2026, désormais terminée, est positif : trois superbes courses, achevées avec deux podiums, à la troisième place à l’Aegean et à la Middle, tant en DH qu’en IRC de classe, et une première place en temps réel à la Paprec (malheureusement sans récompense).

Ce n’est pas suffisant, et l’an prochain je devrai changer les choses pour atteindre la plus haute marche du podium. Le travail sur les polaires s’affine de plus en plus, nous avons tapé juste avec les voiles neuves, mais il faut quelque chose en plus que je n’ai pas réussi à sortir, et je devrai y travailler.

L’hiver servira à faire les bons choix pour la prochaine saison, qui devra être différente de celle-ci, ne serait-ce que pour changer le temps beaucoup trop long passé loin de chez moi : chaque course représente presque un mois, avec en plus les convoyages aller-retour pour la mer Égée et la préparation de la Middle.

Le bateau part maintenant se reposer sur ses berceaux à Fiumicino, en attendant la prochaine saison, qui sera, je l’espère, aussi enthousiasmante que celle-ci, mais avec de meilleurs résultats.

Je vous embrasse tous,

— Marco

*Ludovic Gérard, à bord du JPK 1050 Solenn, nous a également fait parvenir son récit de course, à retrouver ici.

Le film de la course par Deea Buzdugan

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