J+2, 15:28
Salut la terre,
Avant le départ, quand on me demande si je fais une prépa mentale, je réponds juste que je me « prépare à tout », car d’évidence, on fait le max pour être archi-prêts, mais dès le départ on rentre dans l’inconnu, c’est l’aventure.
Là, les conditions nous ont un peu cueillis, et il a fallu poser le curseur direct au bon endroit pour aller vite et ne rien casser.
Après la première nuit rapide mais assez facile, le vent est vite rentré, et après BXA, j’ai fait le choix d’envoyer mon petit A5 (le string comme l’appelle Alex !), en prévision du vent qui devait rentrer très fort quelques heures plus tard.
Côté perf, j’étais un peu frustré au début du bord avec l’impression d’être « collé », mais quelques heures plus tard j’étais content; car au-delà du vent, la mer était forte, croisée, avec des vagues raides compliquées à gérer quand le bateau est à fond en surf (dont deux fois à plus de 20 nds dans la descente)…
Après ce long bord tribord, il faut empanner pour aller vers le cap Ortegal que je vise en waypoint. Dans 25/28 nds en solo, il faut bien décomposer la manœuvre, mais tout se passe bien, et nous voilà repartis « plein gadin » en bâbord amure.
Le temps de caler le pilote et les réglages de spi, le bateau fait sa vie, et moi je m’accroche dedans car ça secoue !
À un moment, le bateau part brutalement au lof et je saute sur la barre. Je choque en grand le spi et essaye de le ramener sur le cap, mais rien à faire, je ne comprends pas, jusqu’au moment où je vois quatre grosses bouées tractées derrière… Merde ! J’ai attrapé une ligne de casiers ou un filet dans la quille !
C’est le début des emmerdes. Bref, j’essaye tout en commençant par affaler le pépin, ce qui est déjà très chaud car le bateau est au travers dans 30 nds de vent.
En récupérant le spi chaluté, je perds un bout de peau sur le pouce et je pisse le sang comme un goret, y’en a partout. J’y arrive pas : gaffe, couteau, mais les lignes sont ultra tendues, c’est dangereux.
Je finis par tout affaler, GV et génois compris, et là, bout au vent, le bateau se libère et je pousse un cri de joie ! Je replie mon spi et remets le bateau en marche. Il va falloir charbonner pour recoller aux premiers…
Une fois le bateau reparti, je m’occupe de ma plaie et je m’allonge car je suis totalement cramé, j’ai dépensé un jus énorme .
Côté course, ça bagarre fort, et l’arrivée sur l’Espagne n’est pas évidente. J’ai pris l’option sud à terre (avec Ose) et ça semble payant.
Là, j’ai 10 nds de vent et du soleil, c’est trop bon. À 40 mn j’ai le cap Ortegal où le vent va tourner, forcir, puis mollir. Encore deux jours complexes avant de toucher l’alizé portugais, et il sera alors temps de regarder les écarts.
L’aventure continue…
— JP
